Jour 86 : « Tu pars ou tu arrives ? »

Mes bagages sont prêts. Je suis prête à partir… Direction la gare des bus à Berri UQAM. Je suis chargée… Mon gros sac à dos à l’arrière, le petit à l’avant. Je suis pire qu’une tortue, pire qu’un âne. A peine arrivée en face de la gare, une dame vient m’aborder… La grande question « Tu pars ou tu arrives ?« . C’est pas la première personne qui me demande cela quand ils m’aperçoivent avec mes sacs. Je sais difficilement quoi répondre. Je pars et j’arrive à vrai dire… En perpétuel déplacement…
Le voyage est reposant, ce n’est pas très long, juste 3 heures de bus. Je m’allonge sur la banquette, bouquine et je somnole… Le temps passe si vite, me voilà déjà arrivée à la gare du Palais à Québec. Je ne met pas longtemps à trouver, les gens du woofing. Deux hommes m’attendent. Un plus jeune et un plus vieux. Ils se présentent. Avant d’aller à la maison, on passe au garage, un de mes futurs collègues veut acheter une voiture. Bon ok… Pas de soucis. Quelque temps après, on rentre. J’arrive là-bas. Un lieu perdu dans le parc Jacques Cartier. On est au beau milieu de la forêt. Mon travail, m’occuper de 90 chiens de traineaux. Je suis la seule woofeuse… Le stagiaire est en vacances, il revient dans quelques jours, je travaillerais juste avec une personne, qui est employé à pleins temps ici (et le patron). Equipe exclusivement française, (exclusivement masculine) me voilà encore au fin fond du Québec avec des européens. Cela ne fais rien, c’est bien aussi. Tout le monde est très sympa, on m’offre une bière, deux bières, trois bières. La femme du patron me dit « Tu verras, ici c’est un milieu d’hommes. » Bon ok. Je souris un peu gênée, mais la réflexion me fait bizarre. Je monte me coucher… Personne m’as dit quand je devais être opérationnelle… Je demande à mon collègue, 7h, ok. Je vais dans « ma chambre », un dortoir vide, une grande pièce avec 4 piles de 2 matelas superposés, je choisi les moins pires, ceux que mon collègue m’as conseillé. J’essaye de passer une bonne nuit, demain le travail commence tôt… Je pensais bien dormir, c’était sans compter sur la merveilleuse faune québécoise dont j’ai tellement entendu parlé, que j’aurais souhaité ne jamais rencontrer… Il est 4h du matin, je suis réveillée par quelques chose qui me grippe sur la jambe… Oh, merveilleux… Des puces de lit… Ça commence mal. J’inspecte le matelas, j’en vois pleins… Bon ok… Je repli toutes mes affaires, je les posent en dehors de la chambre… Je sors du lit… Impossible de me rendormir… J’aime les animaux, mais elles j’ai vraiment pas envie de dormir avec…
Jour 87 et 88 : « Râteau, boulot, dodo. »


Le matin arrive bien trop vite, j’ai mal dormi, je suis obligée de leur parler des petites bébêtes rencontrées cette nuit… Je leur montre la photo que j’ai prise, ils sont étonnés, ils ne connaissent pas, ils me disent qu’on va sortir le matelas et que je dormirai dans une autre chambre en attendant. Bon ok. (La suite et moins drôle, on vas me soupçonner d’avoir ramené les puces… Soit passons… Ce n’est qu’une anecdote).
Les journées commencent très tôt. Chaque jour c’est le même manège. Un râteau dans une main, une pelle dans l’autre, il faut nettoyer le sol autour des niches des chiens… Enlever les cacas, enlever les cailloux… Deux fois par jour, le matin et l’après midi. Il faut aussi nettoyer les gamelles et donner à manger aux chiens. Je serais juste chargé du nettoyage… Et encore, on me demandera vite de récupérer mon balai car je ne nettoie pas les gamelles assez vite… « Il faut être efficace Zohra, regarde… ». Pour les repas, j’aurais testé une fois de donner la soupe, il faut courir vite pour servir le plus vite possible il faut que les chiens aboient le moins longtemps possible. Me voila avec un seau énorme à la main et une demi bouteille dans l’autre, c’est périlleux, je verse la moitié sur moi et la moitié dans la gamelle. Ça fait sourire mon collègue). Je persévère, « Je suis sur qu’avec un peu d’entraînement, je m’en sortirais. » Je fais les choses au mieux, j’écoute les remarques qu’on me fait tout le temps, et essaye de faire le mieux possible le travail. A la base si je suis venu ici c’est pour la photo, j’ai pour projet de passé 6 mois ici l’hiver en tant que photographe. Mais 6 mois c’est long, donc je voulais rencontrer l’équipe avant de m’engager, voir si je pouvais me plaire ici…
Jour 89 : « Stoneham, ce scandale ! »

La routine continue, j’emmagasine de la fatigue les journées sont longues, éprouvantes physiquement, surement du à mon inactivité à Montréal qui a durée trop longtemps. Je passe de tout à rien. Mais je persiste. Je suis la seule femme à travailler avec trois hommes, on me dis « j’espère que tu n’es pas une fragile, car sinon tu vas en chier« . Dans l’atelier trône un calendrier avec des femmes en petite tenues, pour ne pas dire complètement nue. (Oui merci, j’ai remarqué je suis dans un milieu d’hommes, mais y a pas de soucis, je ne suis pas si faible. Je peux y arriver...)
Le patron arrive il me crie dessus : « T’es une ostie de cave tu te fous de ma gueule. Arrête ça, rentre vas voir si on a besoin de toi à l’accueil, pendant que tu fais un terrain, j’en fais 5 et en plus tu fais ça mal, tu laisses pleins de cailloux. Heureusement que tu restes qu’une semaine. Parce que tu te fou vraiment de ma gueule« . L’effet de surprise… Si je m’attendais à ça… Je ne réagis pas, je ne répond même rien, je suis abasourdie. Il n’y a toute façon rien à répondre à ça. Je pars…
Je revois encore la scène au ralenti, les chiens me sauter dessus et ma non réaction, je reste de marbre avec mon râteau et je pars comme si rien m’atteignait … Juste marcher, se tenir droite, la tête haute… Bien sur à l’intérieur, il m’a blessée, à peine rentrée, je fond en larme… Pourquoi tant de haine, d’acharnement, j’ai rien fait de mal. Mon seul soucis, je travail trop lentement pour eux. Leur seul soucis, je suis une femme et ils sont beaucoup trop machiste pour penser que je peux bosser aussi bien qu’eux. Pour me laisser le temps d apprendre. Cela fait 3 jours que je suis là, je suis crevée et réglée et il aimerait que je bosse aussi rapidement que eux… Eux qui sont la depuis 2 ans et 10 ans à faire le même boulot… Quel bande d’ingrats. Maudit français…
Je m’enferme dans ma chambre… J’essaye de réfléchir. J’essaye de comprendre ce qui m’arrive. Je ne sais pas quoi faire, je veux plus les voir. Je veux plus LE voir. Je veux plus travailler. Je ne veux pas rester ici une journée de plus. Ma Belgique me manque. Que faire, comment partir, je suis au milieu de rien. Je cherche des Airbnb à Québec, je ne trouve rien de vraiment convainquant. Autre soucis, comment rejoindre la ville. Il n’y a pas de bus et pas de covoiturage où je suis. Je veux partir. C’est le moment de ravaler ma fierté. Du moins, de devoir affronter les gens directement en face. Je sèche mes larmes comme si rien ne s’était passé. Je sors de ma chambre, je vais les voir, je leur dis « je pars, mais il faut que vous me renconduire à la gare demain, j’ai un bus à prendre pour Montréal. » Vous venez de perdre une photographe pour l’hiver oui « c’est dommage. » C’est d’ailleurs ça que vous m’avez répété 200 fois, « c’est dommage« . « L’hiver tu ne fera pas ça ». Oui c’est vrai, c’est dommage de vous avoir rencontrez.
Conclusion… Mon plan pour l’hiver est tombé à l’eau. C’est un mal pour un bien. Je vais pouvoir faire ce que je n’ai même pas osez penser trop fort. Je l’ai envisager sans vraiment y croire… La sécurité c’était de rester sagement au Québec, entouré de gens qui parlent ma langue. Entouré d’européens qui me rappellent mon chez moi. Je me libère de mes obligations, je dépasse mes limites encore une fois…
Je vais encore plus à l’Ouest, je veux découvrir le Canada dans son entièreté, j’en ai marre de la France (amis français, je vous aimes vraiment, et heureusement que je vous connais, je ne peux que comprendre les québécois, les pires spécimens ont été importé au Québec…). Je veux voir des canadiens et des canadiennes, je veux apprendre l’anglais, je veux voir du paysage, je veux découvrir les multiples facettes de ce vaste pays, je vais traverser le Canada de Montréal à Vancouver. Le voyage commence maintenant…