Après avoir enchaîné train, Skytrain, bus et ferry. Elle est venue me chercher au ferry à Swartz Bay, je suis épuisée par ce long voyage en train. J’arrive dans une petite maison chaleureuse. Sa mère et son mari sont là… Ils sont accueillants. Un des enfants curieux de ma présence vas descendre de sa chambre pour venir me voir. Demain, on est dimanche, mais je commence quand même à travailler pour que la femme me montre comment tout s’organise dans sa maison avant son départ… On me demande de me levée a 7h « pour me mettre dans le rythme ». Je me lève péniblement à 7h, descends les escaliers. C’est le grand silence, personne n’est levé, à l’exception d’un des enfants. Forcement vu que je suis levée c’est parfait, elle veut jouer avec moi, m’apporte son livre de français pour que je lise avec elle. Tout commençais bien dans le meilleur des mondes après mon aventure sulfureuse en Alberta…

En faite, je n’ai pas envie de vous raconter cet épisode, ou alors si, j’ai envie de vous parlez de la conception de volontariat contemporain et de la problématique de ne pas payer pour un travail dans un pays régit par le capitalisme. De l’esclavagisme moderne… Je pourrais juste me plaindre et vous raconter l’histoire de ce volontariat en long et en large (Je vais peut être le faire dans les grandes lignes). Dans un sens j’étais heureuse d’avoir trouvé un endroit ou aller après avoir essuyé des dizaines de refus. Et j’aide cette famille, car ils cherchaient absolument quelqu’un de tout urgence avant que la mère parte au Japon pendant presque un mois. Leur bénévole qui devait venir en octobre et novembre à annulé. On me donnera plusieurs excuses différentes, je saurais jamais vraiment la réalité de cet affaire. Le faite est qu’ils étaient content de m’avoir. Surtout, après avoir été lâché en dernière minute. Je pourrais aussi vous décrire le sentiment que j’ai éprouvé lorsque le 10 novembre en rentrant guillerette de mon « day off » passé à downtown (réservé un logement pour le 1 décembre jusqu’au 1 janvier). On m’annonce que je ne peux pas rester ici jusqu’au 1 décembre. Or m’a date de départ n’avait pas été réellement convenu, j’avais pourtant émis l’idée de rester deux mois. Car j’avais besoin de stabilité, après une mauvaise expérience passée. Cela n’avait pas l’air de poser de problème sur le moment même quand j’en ai parlé. J’aimerais vous parler du sentiment que j’ai ressenti. Ce sentiment de pouvoir être jetée à tout moment. Que à aucun moment, je ne suis réellement chez moi. Que je n’étais pas vraiment acceptez ici. Je ne suis après tout, qu’un objet de consommation de plus dans un univers capitaliste. La problématique de devoir changer de volontariat tout les mois, l’adaptation que ça demande. Perpétuellement nomade, sur la route. Toujours prête à refaire son sac et à repartir. S’adapter toujours à des choses perpétuellement différentes. Sans cesse un changement. Horaires, saisons, gens, territoires, transports, toujours plus de transports. L’épuisement. Plus tard on te reprochera : « Zohra, pourquoi tu n’as pas prévenu les enfants à l’avance de quand tu partais, ils sont triste et pas préparer à te voir partir »… Ce moment où tu crois rêver. Tu frôle le cynisme. Tu as envie de fondre en larme et hurler à la fois… « J’aurais aussi aimé savoir à l’avance quand je partais ». Mais la seule chose auquel tu penses c’est que tu dois trouver une solution. Et vite. Tu lui souris bêtement. Tu ne trouves même pas les mots juste. « Je n’avais pas prévu ça… ». Tu pars t’enfermer dans ta chambre. Après tout c’est ton day off… Peut être le seul lieu ou tu essayes de tant bien que mal, de te sentir chez toi. Car je n’avais pas de plan B. « Ou vais-je aller ? Que faire jusqu’au 1 décembre ? » Ici, ils veulent bien que je reste jusque mi novembre. Merci, trop gentil, mais maintenant, je me sens clairement de trop. Je vais écumer Workaway et Wwoofing. Envoyer des messages à toute l’île de Vancouver. J’ai peu de temps, c’est bientôt les fêtes, personne ne prend de volontaire pendant « les fêtes »...
La seul chose qui aura réellement été somptueuse c’est la nourriture… Visiblement c’est comme ça qu’on paye les bénévoles… « Mange, mange, mange. Oublie que ce que tu fais c’est travailler. Appelle ça de l’échange culturel.« Ils cuisinaient bien, je peux rien reprocher, j’ai été bien nourri. On ne m’a jamais limité sur les proportions. Malheureusement ce Workaway arrive après un mauvais expérience. Je ne supporte plus ce sentiment d’exploitation. Alors on leur trouvera toujours des excuses, car après tout je suis volontairement ici, personne ne m’empêche de claquer la porte (je pense d’ailleurs que c’est la le pire). « Tu sais les canadiens ne savent pas dire vraiment les choses de peur de blesser. Ils sont trop polis pour ça ». Yes, yes, yes… I know… Pas de soucis, pour me sentir de trop, je me suis sentie de trop. J’ai bien senti que je dérangeai et que je devais partir vite. J’ai trouvé moyenâgeux de devoir laver le sol à la main avec un torchon à me casser le dos. Devoir nettoyer toute la maison deux fois par semaine… « Y a deux salles de bains, n’oublie pas ». « Ah c’est pratique les bénévoles, une chambre, un repas, ça fait baby-sitter et femme de ménage. Deux en un, et gratuitement, s’il vous plaît! » Ne jamais se sentir réellement chez soi, vivre le déracinement permanent, une fois adapter aux gens et au milieu tu dois déjà partir et te réadapter avec d’autre personne autre part. Et faut être reconnaissant de ces gens qui t’offre repas et gîte. J’aimerais l’être vraiment, mais je pense que parfois j’aurais aimé qu’on me remercie un peu plus que du bout des lèvres. J’aurais aimé avoir réellement l’impression d’un échange. Alors oui, je n’ai pas travaillé tant d’heure par jour. C’était correct au niveau des horaires. Deux jours de congés la semaine. Mais qu’es ce que j’ai appris au juste, qu’es ce que j’en ai retiré. Quel échange culturel j’en ai sorti à par avoir goûté à la cuisine perse. Je sais maintenant aller chercher des enfants à l’école. Nettoyer des salles de bain, le sol, faire les poussières, ramasser des feuilles, ranger des armoires. Je sais passer l’aspirateur tous les matins parce que le chien perd ses poils…

Oh je suis cynique c’est vrai. Merci de m’offrir le gîte et le couvert. Mais j’ai de l’amertume. Je me suis sentie utilisée quand on a eu besoin de moi et jeter à la première occasion. Je me suis retrouvée à devoir trouver un Workaway en dernière minute dans le stress. Sans vraiment d’aide. Juste des bafouillements en boucle : « mais tu sais on ne te met pas dehors… Mais tu comprends… » Oui oui, j ai compris, il faut que je parte. Non, ils ne vont pas me mettre a la rue… Mais ils ne veulent pas de moi. Quelqu’un arrive début décembre. L’entreprise continue à recruter en masse, fin du CDD pour moi, merci, au revoir, pas de prolongation pour vous. Je n’ai rien fait de mal, j’ai au contraire respecté tout ce qu’on me disait de faire à la lettre. J’ai fais de mon mieux. Epuisée, malade, mais toujours souriante. Toujours serviable… Mais, je dois comprendre… Comprendre, qu’ils ont besoin d’une semaine de pause pour être en famille avant l’arrivée du prochain esclave volontaire. J’aurais aimé le savoir avant… J’aurais aimé qu’on me le dise avant. On vas jusqu’à me dire « c’est chouette tu vas pouvoir tester une autre famille canadienne, c’est bien pour toi ». Me parler pas de ce qui est bien pour moi s’il vous plait. Vous ne me connaissez pas, je suis épuisée vous le voyer même pas. Moi aussi j’ai besoin d’une pause… Ce qui est difficile la dedans c’est que tu ne peux pas faire ressentir aux enfants qu’il y a un soucis, tu ne peux pas changer de comportement avec eux sous prétexte que leurs parents t’exaspère. Ils n’en peuvent rien et ça je vais devoir me le rappeler en boucle pour faire comme si de rien était. C’est ça aussi le Canada. La société du paraître. On s’en fou réellement de ce qu’il y a derrière tant que tout parait parfait.
Comox, ça va être le jour et la nuit. Quand je me suis plains de m’être faite presque mettre à la porte de mon précédent Workaway, elle m’a juste dis… « Vous me dites toutes ça. Je pense qu’il y a un problème de culture entre les canadiens et les européens. » Oui sans doute. Forcée de l’admettre. Y a un océan qui nous sépare. J’ai travaillé malade, car je suis assez bête et persévérante, pour ne pas savoir dire que j’en peu plus, que j’ai besoin d’une pause moi aussi. Parce que je sens redevable, je dois travailler en échange de mon logement et de la nourriture qu’on m’offre chaques jours. Je me sens éperdument redevable. Il est difficile dans une société « moderne » de travailler gratuitement sans que cela deviennent de l’exploitation pure et dure. C’est comme si maintenant dans notre société moderne, l’argent donnait une valeur aux choses. Comme si le gratuit était toujours plus bas que le payant. Je pense, mais peut-être à tord que si j’avais été payé comme une réelle jeune fille au pair, j’aurais eu plus de reconnaissance. Je pense que la gratuité pousse à l’esclavage dans le monde actuel. Le dernier soir, je regarde la mère trier les photos de Noël passé pour leur calendrier. Les enfants me trainent dedans l’écran, ils veulent me montrer leur beau sapin. Ils sont tout agité de mon départ. Ravale tes larmes. Noël c’est pas pour toute suite et heureusement…
Je pourrais vous raconter ces épisodes amusant, ou je me suis faite attaquée pour une vache, qui m’a laissée un bleu sur la cuisse pendant deux semaines. Cette journée où on a sonné à la porte et dans un élan de bravoure, j’ai été malencontreusement ouvrir la porte à des témoins de Jéhovah. Ce rendre compte du piège. Dire « Désolé je ne comprend pas l’anglais ». Les entendre continuer leur monologue sans que je puisse en placé une, en français… « Non désolé vraiment Jesus ne n’intéresse pas, je m’excuse ». Visiblement toutes les sectes du pays me veulent… Le père de la famille me racontera que quand son père est arrivé au Canada, il faisait rentrer les témoins de Jéhovah et leur apportais un thé tout en les écoutant. Qu’un jour il leur a dit « ok merci de m’avoir permis d’apprendre l’anglais, maintenant que je comprend ce que vous dites, ne revenez plus »
On ira jusqu’à me conseiller de faire du stop quand je dirais que j’ai des soucis à trouver des transports en commun. C’est là que tu te dis que ta vie n’a réellement pas de valeur à leurs yeux. Ils s’en foutent un peu de ton sort à vrai dire. Pourtant le stop en Colombie Britannique, tout le monde le déconseille fortement. « Ils sont fucké les gens ici ». Il y a eu du bon et du mauvais dans cet épisode à Victoria. Je ne peux pas tout dénigrés. J’ai juste pris conscience du côté perfide que pouvait avoir le bénévolat.
Qu’es ce que la vrai valeur du travail ? Quelle est la différence entre travail et esclavage ? Qu’es ce que la reconnaissance ? Le Canada est t’il si différent de l’Europe ? Les relations humaines ont t’elle perdue en valeur ?