











*** "Apprendre à dessiner avant de savoir écrire… Voyager avant même d'apprendre à marcher…" *** Artiste de l’image et des mots & art-thérapeute

De retour à Montréal depuis à peine une journée. Tout juste le temps de me remettre de mes émotions… Un nouveau wwoofing me contact… Il est temps de se relever et d’affronter cette nouvelle aventure, pour pas rester sur un échec. Je vais aller travailler chez une famille québécoise dans une petite herboristerie, près de Victoriaville, plus exactement à Saint-Pierre-Baptiste.

(Photographie de Victoriaville, petit bar tout mignon où j’ai pu déguster une bière aux bleuets). Le jour et la nuit… Quel accueil… Il y a déjà 2 wwoofers présent, un couple et leur deux jeunes enfants. La famille chez qui je séjourne se compose de une mère Marie-José et sa fille Minnie, huit ans, cette adorable petite garce. (le père étant en voyage en Colombie Britannique avec la fille aînée à mon arrivée, je ne le rencontrerais que très vaguement à la fin de mon séjour). Ils vivent dans une superbe maison en bois. Quel lieu de rêve… Leur ancienne maison ayant brûlée en partie et étant ancienne, il y avait beaucoup de travaux à faire. Le mari a décidé de construire une autre maison. J’ai même pu choisir où je voulais dormir, soit « à la roots » dans une caravane près de la maison (pas d’électricité, trop chaud ou trop froid la nuit, je passe mon tour pour cette fois), soit dans l’ancienne chambre de la fille aînée.

Durant mon séjour, j’aurais fait la récolte de « mauve » et de camomille… J’ai découvert la fabrication des huiles essentielles et des hydrolats. J’aurais fait des tisanes, des sachets pour le bain. (Avec cette maléfique machine qui jouait avec mes nerfs qui confond 1 gramme et 20 grammes, elle est belle la technologie…).


« Peux tu récolter les fèves ?! » … « Haricots ???… Ah Ok… Désolée… »
Je reconnais les plantes normalement, mais les noms diffère tellement. Ou alors ce sont des plantes que l’on ne connais pas en Belgique. (quelques exemples qui me viennent : fève, zucchini, blé d’Inde, bleuet,…). J’ai élucidé le mystère des bleuets qui ressemblent fortement aux Myrtilles… Mais qui n’en sont pas ! Même famille, mais fruits légèrement différents… Je vais en faire une overdose…
Jour 97 : (Photographie du grenier qui sert de sécheuse et donne une vue sur le paysage aux alentours. On y déposes les fleurs dans des paniers pour les faire séchées avant de pouvoir en faire des huiles essentielles, de l’hydrolats, des tisanes,…). Je viens de recevoir la confirmation de mon hôte en Saskatchewan pour le 1 septembre. Il est 6h du matin je suis à moitié réveillée et me voila en train de réserver mes billets de bus pour partir là-bas. (Es-ce un rêve ?)

Jour 99 : (Photographie de leur ancienne maison, à coté il y a le champ de fleurs et le potager où l’on fait les récoltes). J’aurai découvert une fascination pour les tartines au beurre d’érable le matin (et aussi la découverte du beurre de bleuets).



« La pluie, l’orage, le beau temps.
Montréal, mon refuge…
Ce n’était pas la bonne direction.
Nouveau plan de route.
Encore plus à l’ouest ! »

Même pas peur, même pas mal. De retour à Montréal, le point de départ de tout… Je ne suis pas venue jusqu’au Canada pour me faire insulter en québécois par des français… Un mal pour un bien… Bientôt direction l’Ouest.

Mes bagages sont prêts. Je suis prête à partir… Direction la gare des bus à Berri UQAM. Je suis chargée… Mon gros sac à dos à l’arrière, le petit à l’avant. Je suis pire qu’une tortue, pire qu’un âne. A peine arrivée en face de la gare, une dame vient m’aborder… La grande question « Tu pars ou tu arrives ?« . C’est pas la première personne qui me demande cela quand ils m’aperçoivent avec mes sacs. Je sais difficilement quoi répondre. Je pars et j’arrive à vrai dire… En perpétuel déplacement…
Le voyage est reposant, ce n’est pas très long, juste 3 heures de bus. Je m’allonge sur la banquette, bouquine et je somnole… Le temps passe si vite, me voilà déjà arrivée à la gare du Palais à Québec. Je ne met pas longtemps à trouver, les gens du woofing. Deux hommes m’attendent. Un plus jeune et un plus vieux. Ils se présentent. Avant d’aller à la maison, on passe au garage, un de mes futurs collègues veut acheter une voiture. Bon ok… Pas de soucis. Quelque temps après, on rentre. J’arrive là-bas. Un lieu perdu dans le parc Jacques Cartier. On est au beau milieu de la forêt. Mon travail, m’occuper de 90 chiens de traineaux. Je suis la seule woofeuse… Le stagiaire est en vacances, il revient dans quelques jours, je travaillerais juste avec une personne, qui est employé à pleins temps ici (et le patron). Equipe exclusivement française, (exclusivement masculine) me voilà encore au fin fond du Québec avec des européens. Cela ne fais rien, c’est bien aussi. Tout le monde est très sympa, on m’offre une bière, deux bières, trois bières. La femme du patron me dit « Tu verras, ici c’est un milieu d’hommes. » Bon ok. Je souris un peu gênée, mais la réflexion me fait bizarre. Je monte me coucher… Personne m’as dit quand je devais être opérationnelle… Je demande à mon collègue, 7h, ok. Je vais dans « ma chambre », un dortoir vide, une grande pièce avec 4 piles de 2 matelas superposés, je choisi les moins pires, ceux que mon collègue m’as conseillé. J’essaye de passer une bonne nuit, demain le travail commence tôt… Je pensais bien dormir, c’était sans compter sur la merveilleuse faune québécoise dont j’ai tellement entendu parlé, que j’aurais souhaité ne jamais rencontrer… Il est 4h du matin, je suis réveillée par quelques chose qui me grippe sur la jambe… Oh, merveilleux… Des puces de lit… Ça commence mal. J’inspecte le matelas, j’en vois pleins… Bon ok… Je repli toutes mes affaires, je les posent en dehors de la chambre… Je sors du lit… Impossible de me rendormir… J’aime les animaux, mais elles j’ai vraiment pas envie de dormir avec…


Le matin arrive bien trop vite, j’ai mal dormi, je suis obligée de leur parler des petites bébêtes rencontrées cette nuit… Je leur montre la photo que j’ai prise, ils sont étonnés, ils ne connaissent pas, ils me disent qu’on va sortir le matelas et que je dormirai dans une autre chambre en attendant. Bon ok. (La suite et moins drôle, on vas me soupçonner d’avoir ramené les puces… Soit passons… Ce n’est qu’une anecdote).
Les journées commencent très tôt. Chaque jour c’est le même manège. Un râteau dans une main, une pelle dans l’autre, il faut nettoyer le sol autour des niches des chiens… Enlever les cacas, enlever les cailloux… Deux fois par jour, le matin et l’après midi. Il faut aussi nettoyer les gamelles et donner à manger aux chiens. Je serais juste chargé du nettoyage… Et encore, on me demandera vite de récupérer mon balai car je ne nettoie pas les gamelles assez vite… « Il faut être efficace Zohra, regarde… ». Pour les repas, j’aurais testé une fois de donner la soupe, il faut courir vite pour servir le plus vite possible il faut que les chiens aboient le moins longtemps possible. Me voila avec un seau énorme à la main et une demi bouteille dans l’autre, c’est périlleux, je verse la moitié sur moi et la moitié dans la gamelle. Ça fait sourire mon collègue). Je persévère, « Je suis sur qu’avec un peu d’entraînement, je m’en sortirais. » Je fais les choses au mieux, j’écoute les remarques qu’on me fait tout le temps, et essaye de faire le mieux possible le travail. A la base si je suis venu ici c’est pour la photo, j’ai pour projet de passé 6 mois ici l’hiver en tant que photographe. Mais 6 mois c’est long, donc je voulais rencontrer l’équipe avant de m’engager, voir si je pouvais me plaire ici…

La routine continue, j’emmagasine de la fatigue les journées sont longues, éprouvantes physiquement, surement du à mon inactivité à Montréal qui a durée trop longtemps. Je passe de tout à rien. Mais je persiste. Je suis la seule femme à travailler avec trois hommes, on me dis « j’espère que tu n’es pas une fragile, car sinon tu vas en chier« . Dans l’atelier trône un calendrier avec des femmes en petite tenues, pour ne pas dire complètement nue. (Oui merci, j’ai remarqué je suis dans un milieu d’hommes, mais y a pas de soucis, je ne suis pas si faible. Je peux y arriver...)
Le patron arrive il me crie dessus : « T’es une ostie de cave tu te fous de ma gueule. Arrête ça, rentre vas voir si on a besoin de toi à l’accueil, pendant que tu fais un terrain, j’en fais 5 et en plus tu fais ça mal, tu laisses pleins de cailloux. Heureusement que tu restes qu’une semaine. Parce que tu te fou vraiment de ma gueule« . L’effet de surprise… Si je m’attendais à ça… Je ne réagis pas, je ne répond même rien, je suis abasourdie. Il n’y a toute façon rien à répondre à ça. Je pars…
Je revois encore la scène au ralenti, les chiens me sauter dessus et ma non réaction, je reste de marbre avec mon râteau et je pars comme si rien m’atteignait … Juste marcher, se tenir droite, la tête haute… Bien sur à l’intérieur, il m’a blessée, à peine rentrée, je fond en larme… Pourquoi tant de haine, d’acharnement, j’ai rien fait de mal. Mon seul soucis, je travail trop lentement pour eux. Leur seul soucis, je suis une femme et ils sont beaucoup trop machiste pour penser que je peux bosser aussi bien qu’eux. Pour me laisser le temps d apprendre. Cela fait 3 jours que je suis là, je suis crevée et réglée et il aimerait que je bosse aussi rapidement que eux… Eux qui sont la depuis 2 ans et 10 ans à faire le même boulot… Quel bande d’ingrats. Maudit français…
Je m’enferme dans ma chambre… J’essaye de réfléchir. J’essaye de comprendre ce qui m’arrive. Je ne sais pas quoi faire, je veux plus les voir. Je veux plus LE voir. Je veux plus travailler. Je ne veux pas rester ici une journée de plus. Ma Belgique me manque. Que faire, comment partir, je suis au milieu de rien. Je cherche des Airbnb à Québec, je ne trouve rien de vraiment convainquant. Autre soucis, comment rejoindre la ville. Il n’y a pas de bus et pas de covoiturage où je suis. Je veux partir. C’est le moment de ravaler ma fierté. Du moins, de devoir affronter les gens directement en face. Je sèche mes larmes comme si rien ne s’était passé. Je sors de ma chambre, je vais les voir, je leur dis « je pars, mais il faut que vous me renconduire à la gare demain, j’ai un bus à prendre pour Montréal. » Vous venez de perdre une photographe pour l’hiver oui « c’est dommage. » C’est d’ailleurs ça que vous m’avez répété 200 fois, « c’est dommage« . « L’hiver tu ne fera pas ça ». Oui c’est vrai, c’est dommage de vous avoir rencontrez.
Conclusion… Mon plan pour l’hiver est tombé à l’eau. C’est un mal pour un bien. Je vais pouvoir faire ce que je n’ai même pas osez penser trop fort. Je l’ai envisager sans vraiment y croire… La sécurité c’était de rester sagement au Québec, entouré de gens qui parlent ma langue. Entouré d’européens qui me rappellent mon chez moi. Je me libère de mes obligations, je dépasse mes limites encore une fois…
Je vais encore plus à l’Ouest, je veux découvrir le Canada dans son entièreté, j’en ai marre de la France (amis français, je vous aimes vraiment, et heureusement que je vous connais, je ne peux que comprendre les québécois, les pires spécimens ont été importé au Québec…). Je veux voir des canadiens et des canadiennes, je veux apprendre l’anglais, je veux voir du paysage, je veux découvrir les multiples facettes de ce vaste pays, je vais traverser le Canada de Montréal à Vancouver. Le voyage commence maintenant…
Une dernière balade dans les rues de New-York, me perdre encore un peu dans central Park… Car après c’est 8h de bus qui nous attendent… C’est par ailleurs une frayeur et un fou rire simultané que je vais avoir à la douane. Moi qui pensais la douane américaine était plus compliquée que la canadienne… J’ai peut être eu tord… Je donne mon passeport ainsi que mon permis, toute sourire j’explique à quel titre je rentre au Canada. C’est là, que cela deviens toute suite moins amusant. Le douanier regarde mon passeport et le permis, puis fini par me dire : « mais ça n’existe pas les permis vacances-travail madame« . Bon visiblement mon type de permis de travail n’existe pas… J’insiste : « Un permis Vacance Travail… Un Working Holiday Visa… Un visa temporaire… Un visa de travail temporaire… » Après avoir fait le tour de toutes les appellations et combinaisons possible en français et en anglais… Il n’est pas devenu subitement plus aimable… Mais la bonne nouvelle, c’est qu’on nous a quand même laissée passée.

De retour à la maison… Quelle étrange sensation de se sentir autant chez soi, dans une ville qui m’était alors inconnue 3 mois auparavant. C’est le retour à Montréal. Et Après demain… Départ pour Québec (Stoneham). J’ai tout juste le temps d’une journée pour me reposer et faire mes valises… Ensuite je repars sur la route. J’ai hâte !